Bonjour,
Halte Ă la grisaille ! Câest Mia qui le dit dans La La Land : « Un peu de folie est la clĂ© pour nous donner de nouvelles couleurs Ă voir. Qui sait oĂč cela nous mĂšnera ? ».
Je suis Valérie Van Oost, rédactrice et autrice, je pars, chaque mois, à la rencontre de ceux qui racontent et aiment les histoires.
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LA CONVERSATION
Et si on chantait sous la pluie ?
Laurent ValiÚre est le spécialiste français de la comédie musicale, animateur et producteur de 42e rue sur France Musique. Cela faisait longtemps que je voulais entrer avec ce passionné dans les coulisses des histoires qui se jouent, se chantent et se dansent.
DâoĂč vient ta passion pour les comĂ©dies musicalesâ?
Laurent ValiĂšre - Peut-ĂȘtre des disques que mes parents Ă©coutaient : des opĂ©rettes, comme Lâauberge du cheval blanc, Phi Phi. Jâai vu avec eux les frĂšres Jacques et ma grand-mĂšre mâa emmenĂ© voir West Side Story au cinĂ©ma.
Jâai eu beaucoup dâexpĂ©rience de concerts oĂč je me suis ennuyĂ©. Voir quelquâun qui chante nâa pas dâintĂ©rĂȘt pour moi. Il faut quâil y ait une histoire. Jâaime quâon me raconte une histoire.
En France, on a plus une culture dâopĂ©rette que de Musicalsâ?
Laurent ValiĂšre - La comĂ©die musicale est un art typiquement amĂ©ricain. On a eu Offenbach. Aux Ătats-Unis, il y a eu Oscar Hammerstein. Il est trĂšs important dans lâhistoire de la comĂ©die musicale. Avant de crĂ©er La mĂ©lodie du bonheur, il adapte en 1927 Show Boat un roman fleuve Ă la Autant en emporte le vent. On y suit une troupe de théùtre le long du Mississippi et Ă chaque escale, on dĂ©couvre les coulisses Ă travers des chants et des danses, on traverse 50 ans de lâhistoire des Ătats-Unis, on parle de lâesclavage, de violence conjugale, de racisme.
En France, les comĂ©dies musicales ont souvent mauvaise presse. Dâailleurs, si tu regardes les affiches, il est rarement indiquĂ© «âcomĂ©die musicaleâ», on va plutĂŽt annoncer «âspectacle musicalâ» ou «âthéùtre musicalâ». Et puis, on en parle de maniĂšre cyclique. Câest le marronnier de NoĂ«l, on mâen parle souvent avant les fĂȘtesâ! Il y a un public de fans et dâamateurs, lâenjeu est de le faire grandir, comme ça a Ă©tĂ© le cas avec Notre-Dame de Paris.
Ici, on nâattend pas NoĂ«l⊠Pourtant, il y a beaucoup de comĂ©dies musicales Ă lâafficheâ? Il y a un nouvel Ă©lan ?
Laurent ValiĂšre - On nâa jamais vu autant de comĂ©dies musicales Ă lâaffiche quâen cette rentrĂ©e. Il y en a 18, me semble-t-il. Câest un test pour tout le monde. On va voir si ça passe ou ça casse.
En 1998, Notre-Dame de Paris avait Ă©tĂ© un succĂšs phĂ©nomĂ©nal et tous les producteurs de la place de Paris se sont mis Ă produire des comĂ©dies musicales : Les Dix Commandements, Le Roi Soleil⊠Pourtant, avant de prĂ©senter sur scĂšne Notre-Dame de Paris, Luc Plamondon ou Richard Cocciante avaient trouvĂ© porte close lorsquâils prĂ©sentaient leur projet Ă des producteurs. Aucun nây croyait, sauf Charles Talar, qui a eu du nez. Ăa sâest passĂ© aprĂšs une audition oĂč Richard Cocciante lui a jouĂ© au piano lâensemble des chansons. Il a pensĂ© quâil allait pouvoir vendre des disques, mais pas, Ă ce point, remplir le palais des congrĂšs !
Le systĂšme nâest pas le mĂȘme en France que dans les pays anglo-saxons. En France, ce sont dâabord les maisons de disques qui sont derriĂšre les gros succĂšs de comĂ©dies musicales. Pendant longtemps, on Ă©crivait dâabord les chansons pour passer Ă la radio, vendre des disques et enfin amener les gens Ă voir le spectacle.
On ne produit pas les mĂȘmes comĂ©dies musicales en Franceâ?
Laurent ValiĂšre - La logique nâest pas du tout la mĂȘme. Ă New York, une comĂ©die musicale peut ĂȘtre Ă lâaffiche depuis des dĂ©cennies. Le Roi Lion se joue Ă Broadway depuis 2000. Ă Mogador, câest sa 5á” annĂ©e. Le modĂšle Ă©conomique de la comĂ©die musicale, câest : plus longtemps on reste Ă lâaffiche, plus câest rentable. Ce nâest pas du tout dans la culture française de rester aussi longtemps Ă lâaffiche. Le problĂšme est aussi que nous nâavons pas de producteurs.
Câest un spectacle qui coĂ»te trĂšs cher Ă produire. Il faut une bonne sonorisation, parce que le but est dâen avoir plein les oreilles. Câest difficile pour les petits théùtres.
En mĂȘme temps, on peut faire des choses trĂšs bien. Au théùtre de la Huchette, le directeur est passionnĂ© de comĂ©die musicale. Il y a prĂ©sentĂ© des petites comĂ©dies musicales inspirĂ©es de grands classiques de la littĂ©rature. Câest un petit théùtre de 80 places, il arrive Ă faire des choses extraordinaires avec trois comĂ©diens sur scĂšne.
La narration est diffĂ©rente aussiâ?
Laurent ValiĂšre - Au dĂ©part câest du théùtre. Câest-Ă -dire que câest une histoire, il faut quâil se passe quelque chose quâon a envie de suivre, quâon soit Ă©mu.
En France, on a une culture de lâopĂ©ra rock, comme Starmania, avec peu de dialogues. La comĂ©die musicale amĂ©ricaine, câest du théùtre et puis, tout Ă coup, on se met Ă chanter et Ă danser. Il y a un vrai travail sur le livret. En France, câest longtemps restĂ© du divertissement.
Un manque de fondâ?
Laurent ValiĂšre - Ce qui est important, câest la narration. Quand on regarde West Side Story, câest incroyable, Leonard Bernstein raconte quelque chose de puissant. Plus rĂ©cemment, Gypsy, avec Nathalie Dessay, est une piĂšce avec beaucoup de fond. Les AmĂ©ricains ont rĂ©solu le problĂšme en adaptant de grands classiques du cinĂ©ma.
En France, on est moins dans le théùtre. Les livrets sont souvent assez simples. Ce nâest pas un point sur lequel on fournit un effort.
Aux Ătats-Unis, on considĂšre que la comĂ©die musicale est un art collaboratif. Il faut que tout fonctionne. Si un Ă©lĂ©ment ne fonctionne pas â si lâhistoire est cruche, si la chanson est moche ou si la chorĂ©graphie est nulle â, tout tombe.
On a, peut-ĂȘtre aussi, une image dâhistoires trop sucrĂ©esâ?
Laurent ValiĂšre - Quand Damien Chazelle a rĂ©alisĂ© La La Land, qui est un drame, il a dit quâil sâĂȘtre inspirĂ© des Parapluies de Cherbourg. Il avait dĂ©couvert, avec ce film, que la comĂ©die musicale nâĂ©tait pas seulement sucrĂ©e, voire niaise. Christophe HonorĂ©, lorsquâil rĂ©alise un film comme Les chansons dâamour, sâinspire aussi largement de Jacques Demy.
Aujourdâhui, il y a de trĂšs belles histoires, comme Panique Ă bord ou encore 31 de StĂ©phane Laporte. On voit davantage de jeunes auteurs en France aujourdâhui. Il y a aussi beaucoup de spectacles musicaux formidables pour les enfants, comme Jules Verne ou Mark Twain.
Câest cette alchimie entre trois Ă©lĂ©ments, trois arts, qui fait la rĂ©ussite dâune comĂ©die musicale ?
Laurent ValiĂšre - Câest une mayonnaise qui doit prendre. Il faut trouver un Ă©quilibre entre les trois. Ce qui compte le plus câest le rythme. Aux Ătats-Unis, il est rare quâune comĂ©die musicale arrive de but en blanc Ă Broadway. Dâabord, elle se rode dans des villes, loin de New York et de la critique. Pendant cette pĂ©riode, ils passent leur temps Ă refaire le spectacle. Stephen Sondheim dit que la plus belle chanson du monde, si elle ne sert pas la narration, il faut la jeter. Il raconte aussi quâil rĂȘve de composer en direct, pendant que la comĂ©die musicale se joue sur scĂšne. Il a dâailleurs dĂ©jĂ composĂ© des chansons pour un personnage parce quâil lui manquait un air. Il y a plein dâhistoires folles de compositions dans un hĂŽtel, en une nuit, pendant les semaines de rodage, parce quâon se rend compte quâun personnage a besoin dâune chanson. La musique soutient la narration.
En France, câest trĂšs popâ?
Laurent ValiĂšre - Câest surtout de la pop. Dans mon Ă©mission, jâessaie de faire venir tous les styles. La haine utilise du rap. On peut raconter avec tous les genres de musique.
Câest une combinaison qui sâexpĂ©rimente, la notion de spectacle vivant prend toute sa dimensionâŠ
Laurent ValiÚre - Garou, dans un documentaire que je suis en train de tourner, dit que les Américains ne savent pas chanter et que les Français ne savent pas jouer.
Il est difficile de savoir jouer, chanter et danser. En France, on Ă©tait plus lĂ©ger sur le jeu dâacteur et la danse. Je vois Ă©merger une gĂ©nĂ©ration qui sait tout faire. Ă Mogador, ils ont eu lâaudace et lâintelligence de crĂ©er une formation avec le cours Florent, la classe libre du cours Florent. Chaque annĂ©e, il en sort 10 personnes, il y a toujours des pĂ©pites. Câest trĂšs vertueux et cela nourrit justement toutes ces comĂ©dies musicales qui fleurissent en cette rentrĂ©e. JâespĂšre quâil y aura du boulot âpour tous ces jeunes artistes !
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| Laurent en quelques mots et suggestionsâŠSpĂ©cialiste de la comĂ©die musicale, Laurent ValiĂšre est journaliste et producteur. Il anime lâĂ©mission 42e rue sur France Musique. Son actualitĂ© est chargĂ©e ! La Story des Demoiselles de Rochefort en podcast le 9 octobre. Enregistrement en direct de 42e rue au Théùtre du Lido avec la troupe des Demoiselles de Rochefort en concert exclusif, le 12 octobre Ă midi. Nouvelle Ă©dition augmentĂ©e de 42e rue, la grande histoire des comĂ©dies musicales (Marabout) le 5 novembre en librairie. 42e rue fait son show, 8e Ă©dition de la grande soirĂ©e de la comĂ©die musicale en direct du Studio 104 de Radio France, le 8 dĂ©cembre. L'histoire secrĂšte des comĂ©dies musicales, mi-dĂ©cembre sur M6. Ses suggestions ? Cher Evan Hansen (Théùtre de la Madeleine), La Petite boutique des horreurs (Théùtre de la porte Saint Martin), Les Demoiselles de Rochefort (au Lido) et, Ă partir du 5 dĂ©cembre, La Cage aux folles (Théùtre du ChĂątelet). |
ET AUSSIâŠ
Ladies and gentlemenâŠ
Petite salle de la nuit bruxelloise, le Cabaret Mademoiselle Ă ouvert ses portes et ses backstages au photographe Eric Espinosa. RĂ©sultat: Glitter & Grit, un livre sublime sur un art de lâextravagance. « Lâart du cabaret est par nature subversif, indĂ©pendant et hors des cases. Il dĂ©range, il bouscule, il questionne les normes et la sociĂ©tĂ©. Et câest exactement pour ça quâil est indispensable. », La Veuve (Cabaret Mademoiselle). Glitter & Grit, Ă©d. Hemeria, en librairie dĂ©but 2026. Les premiĂšres images et crowdfunding Ă dĂ©couvrir ici. |
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âĂ mon sens, la musique renforce, aussi bien dans la joie que dans le drame, les sentiments.â Jacques Demy
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