On fait genre ?

Au programme : une plongée dans l'imaginaire et sur la question du genre en littérature.

DéFormater !
6 min ⋅ 03/03/2026

Bonjour,
Bienvenue dans cette nouvelle édition et aux nouveaux abonnés.
Je suis Valérie Van Oost, plume et autrice, je pars, chaque mois, à la rencontre de ceux qui racontent et aiment les histoires. 

LA CONVERSATION

La loi du genre

Au détour de conversations ou de nos newsletters respectives, nous avons souvent évoqué, avec Renée Zachariou, le duel entre littérature de genre et littérature blanche.
En février, Renée a publié Mœdium, un premier roman qui explore le chemin du deuil sur fond de mythologie grecque et de magie. L’histoire de Moira, fille d’une médium qui n’a jamais cru aux dons de sa mère… jusqu’à la mort de cette dernière. Un récit où l’humour n'est jamais loin.
L'occasion pour nous de discuter, plus longuement, de la loi du genre en littérature.

Pas de classification, tous les genres cohabitent dans ta bibliothèque ? 
Renée Zachariou - Je ne raisonne pas du tout en termes de genre. Ce qui m’attire, c'est le sujet ou l’intrigue. Je fonctionne aussi beaucoup à la recommandation. Ma seule limite concerne les sujets trop violents ou trop durs selon les périodes. Mais je ne m'interdis rien en fonction du genre.
La notion de genre est assez récente. Surtout cette distinction avec la littérature blanche. J’ai du mal avec ce concept qui définit la blanche par l'exclusion. Si ce n'est pas du fantastique, du polar ou de la romance, c’est de la blanche. C’est très arbitraire.
Prends l’exemple de L’Anomalie d’Hervé Le Tellier : ça aurait tout à fait sa place dans une collection imaginaire, même si ce n’est pas de la SF pur jus. 
Aux États-Unis, le chercheur
Dan Sinykin a analysé l'évolution du marché du livre en fonction des conditions économiques, notamment l’émergence des conglomérats. Il cite Cormac McCarthy, qui vendait peu et était considéré comme trop littéraire. Il évoque La Route, classé comme de la science-fiction post-apocalyptique, ce qui l’a rendu plus facile d’accès pour le grand public. Je n’avais pas appréhendé La Route comme de la SF. D’ailleurs, en France, il est publié chez L’Olivier, qui est généraliste.

Le succès peut déplacer les lignes…
Renée Zachariou - Margaret Atwood refuse qu'on dise que La Servante Écarlate est de la science-fiction. Elle préfère le terme de fiction spéculative. Les fans de SF n’en sont pas ravis, car cela sous-entend que le genre serait un ghetto. D'un point de vue stratégique, on peut la comprendre. Les grands prix littéraires récompensent rarement la SF pure. Ursula K. Le Guin, qui est une autrice de SF reconnue, n’est d’ailleurs pas d'accord avec la position d'Atwood.
Peut-être qu’il s’agit plus d’une question de sensibilité que de genre. Une façon de voir le monde et d’imaginer ce qui peut être possible.

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DéFormater !

Par Valérie Van Oost

Je ne peux pas m’empêcher de faire des interviews (j’ai un passif de journaliste). Je suis fascinée par les inventeurs d’histoires, les créateurs de récits (sous toutes les formes surtout celles que je ne sais pas fabriquer). Je sais à quel point ce travail est exaltant et difficile (moment d’ego et d’auto-congratulation : j’écris aussi des romans). 

Bref, j’ai envie, avec cette newsletter, de partir à la rencontre des artisans de la narration et de partager nos conversations. 

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